Information concernant l’assouplissement de l’accès à la formation professionnelle initiale pour les personnes déboutées et sans-papier

Collectif de soutien aux sans-papiers de Genève et Coordination asile.ge

Le 1er mai dernier, le Conseil fédéral a annoncé l’entrée en vigueur au 1er juin 2024 d’une modification législative facilitant l’octroi d’une autorisation de séjour aux jeunes personnes sans-papiers et débouté·e·s de l’asile pour leur permettre d’accéder à une formation professionnelle[1]. Le Collectif de soutien aux sans-papiers et la Coordination asile.ge saluent ce que nous considérons comme un pas dans la bonne direction. Toutefois, de nombreux obstacles à la réalisation concrète de cette modification demeurent. Nous recommandons de solliciter un avis juridique avant toute démarche.

De quoi parle-t-on ? Jusqu’au mois de juin 2024, selon l’article 30a de l’Ordonnance relative à l’admission, au séjour et l’exercice d’une activité lucrative (OASA), une autorisation de séjour pouvait être délivrée lorsque la personne avait « suivi l’école obligatoire de manière ininterrompue durant cinq ans au moins en Suisse et déposé une demande dans les douze mois suivants. »

De l’avis de tout la monde, cette réglementation était trop restrictive. En effet, depuis son entrée en vigueur en 2013, seule une soixantaine de demandes avaient été approuvées par le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). La modification apportée par le Conseil fédéral au mois de mai a permis :

  • Un abaissement de la durée de scolarité obligatoire de 5 à 2 ans[2] ;
  • Une augmentation du délai de dépôt d’une demande de 12 à 24 mois.

Un impact marginal. De l’avis du Collectif de soutien aux sans-papiers et de la Coordination asile.ge,il est à craindre que ces modifications n’aient que très peu d’effets. En effet, les critères d’intégration et autres conditions contenues dans l’art. 30a OASA sont maintenus. Parmi ces critères, une durée de séjour minimale de 5 ans. Cette condition est prévue par la législation (Art. 14, al. 2 LAsi) pour les personnes relevant du domaine de l’asile et par la pratique administrative comme jurisprudentielle (art. 30, al. 1, let. b LEI) pour les personnes sans-papiers. Dans la mesure où, à Genève du moins, il est extrêmement rare qu’un·e jeune aie 5 ans de séjour mais uniquement 2 ans de scolarité obligatoire, il est très peu probable que les modifications précitées aient un effet concret.

Un avis juridique nécessaire. Il convient donc d’être extrêmement vigilant·e avant d’entreprendre une quelconque démarche en vue d’une demande pour cas de rigueur, au risque de mettre en danger une régularisation ultérieure. Nous invitons toute personne concernée, de même que son réseau, à prendre contact avec l’une des organisations membres du Collectif de soutien aux sans-papiers de Genève ou de la Coordination asile.ge, afin d’évaluer la possibilité d’un dépôt de demande.


[1] Pour plus d’information : Le Conseil fédéral assouplit l’accès à la formation professionnelle initiale pour les cas de rigueur (admin.ch).

[2] Nota bene : la fréquentation d’offres de formation transitoire telle que la fréquentation du Service de l’accueil de l’enseignement secondaire II (Accès II) peut être comptabilisée comme scolarité obligatoire (cf. Directives LEI, point 5.6.11.2).

Motion Gössi sur les débouté∙es érythréen∙nes : une motion abjecte et irréaliste

Le 9 juin 2024, à la suite du Conseil des États, le Conseil national a adopté la motion 23.4440 de Petra Gössi (PLR) demandant au Conseil fédéral de conclure un accord de transit avec un État tiers pour y renvoyer les Érythréen·nes débouté·es. Cette mesure est totalement abjecte, parce qu’elle ne se soucie en aucun cas des violations des droits humains que pourraient entraîner un tel accord. Elle est irréaliste parce qu’inefficace et inapplicable.

La Coordination asile.ge, comme toutes ses associations membres, est consternée par l’adoption de la motion Gössi, visant à conclure un accord de transit avec un État tiers pour expulser les requérant∙es d’asile érythréen∙nes dont la demande d’asile a été rejetée.

Cette motion n’apporte aucune réponse à celles et ceux qui voudraient renvoyer ces personnes : selon le Conseil fédéral lui-même, un transit dans un autre pays ne résout pas le fait que l’Erythrée n’accepte pas le retour de celles et ceux qui ont pris la fuite. Les personnes expulsées dans le cadre d’un tel accord devraient être réaccueillies en Suisse à la fin de la période de transit. Pour le Conseil fédéral, « une telle procédure ne servirait donc à rien, sinon à générer des coûts supplémentaires pour le retour et l’accueil (en Suisse) des personnes concernées »[1].

Une fois de plus, nos élue∙es s’acharnent de manière incompréhensible sur la communauté érythréenne[2]. Concrètement, moins de 300 personnes sont concernées. Pour la plupart, et malgré de nombreux obstacles, elles ont fait de grands efforts d’intégration : en suivant des cours de langues, en se formant, en travaillant quand elles le pouvaient.

Surtout, rappelons que les Érythréen∙nes concerné∙es ont fui une dictature où chacune et chacun court un haut risque d’être persécuté∙e. Ces dernières années, c’est à huit reprise que le Comité contre la torture (CAT) a épinglé la Suisse pour avoir sous-évalué le danger couru par des ressortissant∙es érythréen∙nes. En mai 2024, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation en Érythrée recommandait à nouveau : « De protéger et d’aider, conformément aux dispositions du droit international relatives à l’asile, les ressortissants érythréens qui fuient le pays par crainte d’être persécutés ou de subir des violations des droits de l’homme, et de respecter le principe de non-refoulement »[3].

Plutôt que de demander des mesures d’externalisation autant irréalistes que dangereuse, plutôt que de semer la panique au sein d’une communauté déjà dans le viseur, il est plus que jamais temps de se montrer véritablement réalistes et d’accorder aux Érythréennes et Érythréens une protection et le droit de rester en Suisse !

Genève, le 17.06.2024


[1] https://asile.ch/2024/06/11/un-accord-de-transit-pour-y-envoyer-les-deboutees-erythreennes-bis-2/

[2] https://odae-romand.ch/rapport/rapport-thematique-durcissements-a-lencontre-des-erythreen%C2%B7ne%C2%B7s-actualisation-2020/

[3] https://asile.ch/wp-content/uploads/2024/06/SR-Erythree-rapport-2024-copie.pdf

Alireza, on ne t’oublie pas! Des manifestations pour le dire

Alireza, jeune requérant d’asile de 19 ans, s’est suicidé le 30 novembre 2022, après avoir reçu une réponse du Tribunal administratif fédéral (TAF) confirmant son renvoi vers la Grèce, pays dans lequel il avait subi de terribles violences. Rapidement intégré et bénéficiant de nombreux soutiens, il n’imaginait pas que les autorités suisses allaient rejeter sa demande, malgré la situation en Grèce et le rapport médical qui attestait des risques de suicide en cas de renvoi.

Alireza n’est pas la seule personne venue demander protection à la Suisse et dont l’existence et les perspectives d’avenir ont été prises dans les rouages de l’asile en Suisse. Trop nombreuses sont les personnes qui ont cru pouvoir trouver un havre de paix en Suisse et à Genève, après avoir fui pour sauver leurs vies et affronté maints dangers sur les routes de l’exil. Mais elles ont rapidement vu leurs espoirs douchés et n’imaginaient pas que leur vie quotidienne allait être aussi difficile.

Parce que les autorités suisses renvoient trop souvent des personnes vers des pays où elles savent pertinemment que leurs droits fondamentaux sont bafoués. Parce que les avis médicaux sont trop souvent ignorés dans les décisions d’asile et l’exécution des renvois par le canton. Parce que – quand elles ne sont pas déboutées – les personnes en exil reçoivent trop souvent des permis provisoires qui les plongent dans la précarité et rendent le logement, le travail, la formation et la possibilité de voyager difficiles, voire impossibles. Parce que les conditions de logement et l’encadrement qui leur sont proposées les empêchent de se construire un avenir et affectent profondément leur santé, nous vous appelons à une mobilisation.

Retrouvez le discours prononcé au nom de la Coordination asile.ge lors de la manifestation du 8 décembre 2022.

La Coordination asile.ge appelle à rejoindre les prochaines manifestations “Alireza, on ne t’oublie pas!” qui auront lieu les 1er et 29 mars à 18H à la place du Rhône.

Plus d’informations sur la mobilisation ici


Revue de presse : La (non)prise en compte de la santé mentale des personnes exilées

09.12.2022 Le reflet d’une souffrance collective (Le Courrier)
13.12.2022 Le risque suicidaire n’empêche pas le renvoi d’un requérant (Le Matin)
11.01.2023 La CEDH devrait se prononcer sur le renvoi d’un requérant d’asile à risque suicidaire (RTS)
15.01.2023 « Les rapports psychiatriques doivent être pris au sérieux » (Tribune de Genève)
26.01.2023 Asile : faire une place aux médecins (Le Temps)
26.01.2023 L’avis médical, un élément trop souvent négligé dans les procédures d’asile (Le Temps)
26.01.2023 Malades et destinés au renvoi (Le Temps)
26.01.2023 «Derrière la résilience des jeunes migrants se cache une grande détresse» (Le Temps)


Des nouvelles de la collecte pour les proches d’Alireza

Grâce à votre soutien, la collecte pour les proches d’Alireza a rassemblé plus de 12’000 CHF. Cette somme, réunie sur le compte de la Coordination asile.ge, a été reversée à sa famille proche en Iran et en Afghanistan, ainsi qu’à sa cousine en Allemagne, par l’intermédiaire de leur avocate.

La dépouille d’Alireza a finalement été inhumée à Genève.  La famille a pris cette décision douloureuse en raison de la difficulté à rapatrier le corps dans sa ville d’origine, et parce qu’elle était bien consciente qu’Alireza avait ici un entourage, beaucoup de proches et de soutiens pour honorer sa mémoire.

Nous tenons à remercier ici toutes les personnes qui se sont mobilisées pour cette collecte. Votre générosité a fait la différence


Participez à la campagne «Les jeunes débouté·es ont droit à un avenir!»

Depuis plusieurs années, nous dénonçons la situation des jeunes débouté·es à Genève. Illégalisé·es, menacé·es d’un renvoi et plongé·es dans le système de l’aide d’urgence, environ 60 jeunes âgé·es de 15 à 25 ans se retrouvent sans possibilité de travailler ou d’accéder à un apprentissage dual. Après la publication d’un rapport « Jeunes et débouté·es à Genève: des vies en suspens » (juin 2021) et d’une Lettre ouverte aux autorités genevoises (décembre 2021), la Coordination asile.ge lance une action de marrainages et parrainages pour laquelle des personnalités publiques genevoises qui s’affichent en soutien à ces jeunes.

La campagne a commencé au mois de mars sur les réseaux sociaux. Pour y participer, vous avez plusieurs possibilités :

  • Poster une image sur vos réseaux sociaux (télécharger en cliquant dessus)

Texte d’accompagnement possible, à modifier selon vos envies :

«Les jeunes débouté·es ont droit à un avenir!
Ils et elles doivent pouvoir:

  • accéder à et poursuivre la formation choisie en fonction de leurs aspirations et capacités, au moins jusqu’à 25 ans;
  • terminer une formation entamée, même quand le renvoi est exécutable ;
  • voir leur régularisation facilitée et soutenue par les autorités cantonales.

👉 Signez la lettre ouverte aux autorités genevoises: https://bit.ly/3edgpxI

👉 Reprenez cette image et ce post et publiez les sur vos réseaux!»

Des marraines et des parrains pour de jeunes débouté·es de l’asile

Depuis plusieurs années, nous dénonçons la situation des jeunes débouté·es à Genève. Illégalisé·es, menacé·es d’un renvoi et plongé·es dans le système de l’aide d’urgence, environ 60 jeunes âgé·es de 15 à 25 ans se retrouvent sans possibilité de travailler ou d’accéder à un apprentissage dual. Après la publication d’un rapport « Jeunes et débouté·es à Genève: des vies en suspens » (juin 2021) et d’une Lettre ouverte aux autorités genevoises (décembre 2021), la Coordination asile.ge lance une action de marrainages et parrainages pour laquelle des personnalités publiques genevoises qui s’affichent en soutien à ces jeunes.

La campagne «Les jeunes débouté·es ont droit à un avenir» démarre aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Des posts seront publiés chaque semaine jusqu’en mai. Ci-dessous le premier post publié le 11 mars 2022.

Isabelle Pasquier Eichenberger soutient Parnia et les jeunes débouté·es à Genève !



A Genève, près de 60 jeunes débouté.es se battent pour se construire un avenir.
Pour beaucoup, le rejet de leur demande d’asile est survenu après plusieurs années de scolarité et d’intégration. Ces jeunes sont bloqué·es dans leur parcours de formation et de vie.

Parnia est l’une d’entre eux et elles. Arrivée il y a 7 ans, à l’âge de 11 ans, elle a pu s’intégrer parfaitement dans le cursus scolaire, malgré le refus de sa demande d’asile confirmée par le Tribunal administratif fédéral au mois de mai 2020. Elle est actuellement en 2ème année d’ECG. Elle rêverait d’être dentiste ou ophtalmologue, ou encore de travailler dans les soins. En raison de son papier-blanc, ce n’est pour le moment pas possible.

Comme Parnia, les jeunes débouté·es se retrouvent dans la précarité de l’aide d’urgence, sans aucune perspective d’emploi.
Malgré de nombreuses démarches, aucune solution collective n’a été trouvée. Ni pour la formation, ni pour la régularisation, à laquelle beaucoup de jeunes pourraient pourtant prétendre.

Offrons un avenir aux jeunes débouté·es !
• Tous·tes les jeunes débouté·es et sans statut légal doivent pouvoir accéder à et poursuivre la formation choisie en fonction de leurs aspirations et capacités, au moins jusqu’à 25 ans ;
• Les jeunes débouté·es doivent pouvoir terminer une formation entamée, même quand le renvoi est exécutable ;
• La régularisation des personnes déboutées doit être facilitée et soutenue, d’autant plus quand elles sont arrivées en Suisse avant l’âge de 25 ans.

Lettre ouverte au Conseil d’État de la République et canton de Genève concernant les jeunes personnes déboutées

Cette lettre ouverte est adressée aux membres du Conseil d’État. La Coordination asile.ge et plus de 1000 signataires y dénoncent la situation dans laquelle se trouvent encore et toujours les jeunes débouté·es à Genève et demandent au Conseil d’État de trouver des solutions.

Pour ajouter votre signature, cliquez ici.

Monsieur le Président du Conseil d’État,
Mesdames et Messieurs les Conseiller·ères d’État,

La présente lettre ouverte a pour objet de vous présenter la situation dans laquelle se trouvent actuellement les jeunes débouté·es à Genève, de vous faire part de nos préoccupations pour leur avenir, et de vous exposer nos requêtes pour qu’ils et elles puissent mener une vie digne.

Aujourd’hui plus de 50 jeunes débouté·es de l’asile, âgé·es de 15 à 25 ans, vivent à Genève. Nombre d’entre eux et elles se sont vu refuser d’entreprendre ou de continuer une formation, de suivre un stage ou d’achever un diplôme. D’autres ont reçu une interdiction de travail parce que les autorités suisses ont décidé qu’ils et elles n’avaient pas le droit à l’asile, souvent juste après leur majorité.

Pour beaucoup, le rejet de leur demande d’asile est survenu après plusieurs années de scolarité et d’intégration. Leur quotidien est celui de l’aide d’urgence, une réalité précaire : une « aide » de 10 CHF par jour, un hébergement et une couverture sociale sommaire. Ils et elles perdent aussi le droit de travailler ou de faire un apprentissage dual. Pourtant, leur renvoi est souvent inexécutable, ce qui rend l’avenir très incertain et pour une durée indéfinie. Or, selon le recensement établi par la Coordination asile.ge en juin 2021, près de 40 jeunes sont en Suisse depuis plus de cinq ans et plusieurs pourraient prétendre à une régularisation.

Notre constat est le suivant : l’incapacité d’initier ou de poursuivre la formation de leur choix, la précarité et la menace d’un renvoi, ou encore l’absence de perspectives professionnelles et de régularisation affectent considérablement leur santé physique et psychique. Le sentiment d’être dans une impasse, l’angoisse constante du lendemain sont leur lot quotidien, alors que la plupart sont bien intégré·es.

En 2019 pourtant, le Grand Conseil genevois a accepté deux motions (M2524 ; M2526) et une pétition (P2066) visant l’insertion professionnelle et l’octroi d’un permis de séjour pour les jeunes débouté·es qui ne peuvent être renvoyé·es. Deux ans après, ces jeunes se battent toujours pour se construire un avenir.

Nous demandons donc au Conseil d’État de trouver des solutions pour que :

  1. Tous·tes les jeunes débouté·es et sans statut légal puissent accéder à et poursuivre la formation choisie en fonction de leurs aspirations et capacités, au moins jusqu’à 25 ans;
  2. Les jeunes débouté·es puissent terminer une formation entamée, même quand le renvoi est exécutable;
  3. La régularisation des personnes déboutées soit facilitée et soutenue, d’autant plus quand elles sont arrivées en Suisse avant l’âge de 25 ans.

En vous souhaitant bonne réception de la présente lettre et en espérant que vous y donnerez suite au plus vite, nous vous prions de croire, Monsieur le Président du Conseil d’État, Mesdames et Messieurs les Conseiller·ères d’État, l’expression de notre respectueuse considération.

Signataires au 31.05.2022 (1053)

Coordination asile.ge • Sewit Abadi • Sébastien Abbet • Adeba Abdullah-Khel • Tabesh Abdullah-khel • Filmon Abraha • Abel Abraham • Samra Abraham debar • Fabienne Abramovich • Lysiane Adamini • Anne-Claire Adet • Sylvie Albisati • Kirsten Almeida Erni • Laila Alonso Huarte • Olive Alvis • Eric Amato • Shady Ammane • Nadine Amrein • Anouk Amsellem Berrebi • Matteo Anderegg • Marie Anderfuhren • Sylvia Andersen • Michèle André Jaques • Nicole Andreetta • Elodie Antony • Sabrine Antri • Soraya Aouad • Amna Aounallah • Ophélie Arbabi • Didier Arbouille • Feben Areaya • Winita Aron • Aleem Arshad • Astrid Astolfi • Sidonie Atgé-Delbays • Nathalie Athlan • Nuria Aubert • Véronique Aubert • Maël Azokly • Omar Azzabi • Rachel Babecoff • Bernadette Babel • Saber Baccouche • Nadia Baehler • Rachel Baeriswyl • Ariane Bailat • Anna Baldacci • Jésabelle Balloux • Tristan Balmer • Ursula Balmer • Raffaella Balocco • Catherine Balsiger • Thrudy Barbaran • Chiara Barberis • Marie Claude Barbier • Ana 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Rapport “Jeunes et débouté·es à Genève: des vies en suspens”

Dans ce rapport réalisé en collaboration avec l’Observatoire romand du droit d’asile et des étranger·ères (ODAE romand), la Coordination asile.ge dénonce la situation des jeunes débouté·es à Genève. Illégalisé·es, menacé·es d’un renvoi et plongé·es dans le système de l’aide d’urgence, environ 60 jeunes âgé·es de 15 à 25 ans se retrouvent sans possibilité de travailler ou d’accéder à un apprentissage dual.

Télécharger le rapport

Depuis 2020, la Coordination asile.ge a mis sur pied un groupe de travail pour aller à la rencontre de ces jeunes débouté·es. Un recensement ceux et celles âgé·es de 15 à 25 ans vivant à Genève a été établi, afin d’obtenir une photographie précise de la situation de chacun·e. 60 jeunes ont été répertorié·es.

La plupart d’entre eux et elles sont arrivé·es en Suisse entre 2014 et 2016 pour y demander l’asile. Pour beaucoup, le rejet de leur demande d’asile est survenu après plusieurs années de scolarité et d’intégration. Leur quotidien est celui de l’aide d’urgence, une réalité précaire: les personnes ont droit à 10 CHF par jour, un hébergement et une couverture sociale sommaires. Ils et elles perdent aussi le droit de travailler ou de faire un apprentissage dual. Pourtant, leur renvoi est souvent inexécutable et ils et elles se retrouvent dans un no man’s land qui dure indéfiniment. Sur les 60 personnes recensées, 40 sont en Suisse depuis plus de 5 ans et plusieurs pourraient prétendre à une régularisation.

Le rapport Jeunes et débouté·es à Genève : des vies en suspens dresse un constat sans appel: l’incapacité d’initier ou de poursuivre la formation de leur choix, la précarité, la menace d’un renvoi et l’absence de perspectives professionnelles ou de régularisation affectent considérablement la santé physique et psychique des jeunes. Le sentiment d’être dans une impasse, l’angoisse constante sont leur lot quotidien, alors qu’ils et elles sont souvent bien intégré·es.

En 2019, le Grand Conseil genevois a accepté deux motions et une pétition visant l’insertion professionnelle et l’octroi d’un permis de séjour pour les jeunes débouté·es qui ne peuvent pas être renvoyé·es. Deux ans après, 60 jeunes se battent toujours pour se construire un avenir et aucune solution collective n’est esquissée : ni sur le plan de la formation, ni sur le plan de la régularisation.

La Coordination asile.ge demande donc aux autorités genevoises que :

  • Tous·tes les jeunes débouté·es et sans statut légal puissent accéder à et poursuivre la formation choisie en fonction de leurs aspirations et capacités, au moins jusqu’à 25 ans ;
  • Les jeunes débouté·es puissent terminer une formation entamée, même quand le renvoi est exécutable ;
  • La régularisation des personnes déboutées soit facilitée et soutenue, d’autant plus quand elles sont arrivées en Suisse avant l’âge de 25 ans.

Le jeudi 24 juin, une soirée de témoignages et d’échanges en ligne avec les jeunes a été organisée dans le cadre de la campagne Education pour toutes et tous! A revoir ici.

Des témoignages vidéo ont également été réalisés avec l’association Vivre Ensemble. A découvrir sur les réseaux sociaux.

La Coordination asile.ge condamne le vol spécial de Genève vers l’Éthiopie du 27 janvier. Elle appelle les autorités genevoises à réagir.

Dans la nuit du 27 au 28 janvier dernier, un avion spécialement affrété pour le renvoi de demandeurs d’asile déboutés s’est envolé de l’aéroport de Cointrin vers l’Éthiopie. À son bord se trouvait notamment Tahir Tilmo, demandeur d’asile qui avait été attribué au canton de Genève et dont l’exécution du renvoi dépendait de la police genevoise. Tahir Tilmo avait été arrêté et était détenu à Favra puis à Frambois pour des raisons administratives depuis le 7 septembre dernier. Cet universitaire avait appris le français, participait à diverses activités organisées au sein de l’université genevoise, et était décrit comme une personne bien intégrée. Une pétition, signée par plus de 1000 personnes et demandant au Conseil d’État de le soutenir, avait été déposée. Le Conseil d’État n’y avait pas répondu. Une forte mobilisation citoyenne a eu lieu pour essayer d’éviter l’exécution du renvoi. En vain.

Quatre jours avant le vol spécial, Tahir Tilmo s’était mis en grève de la faim et de la soif. Le 27 janvier, sur l’avis d’un médecin généraliste qui l’a examiné à Frambois, il a été conduit au service des urgences des HUG. Il y était entravé par des liens aux pieds – comme si dans son état il pouvait échapper aux deux policiers qui le flanquaient ! Après quelques examens, la police est venue le chercher aux urgences pour le transférer à l’aéroport. Comment se fait-il qu’un homme en grève de la faim et de la soif, se plaignant de douleurs importantes, ait pu être considéré comme apte à subir le choc d’un vol spécial ? Les médecins qui l’ont jugé apte à être renvoyé connaissaient-ils les conditions violentes dans lesquelles se déroule un renvoi forcé ? La police a-t-elle forcé la main au personnel soignant des HUG ? Trois demandeurs d’asile déboutés sont déjà morts au cours de telles opérations : quel(s) risque(s) les autorités genevoises ont-elles fait courir à Tahir ? La Coordination asile.ge exige des réponses à ces questions qui sont du ressort des autorités genevoises, pour éviter de futurs décès.

Ce vol spécial était l’un des premiers à destination de l’Éthiopie, suite à la signature d’un accord entre la Suisse et le gouvernement éthiopien en 2018. Cet accord a été signé au moment où l’élection d’un nouveau premier ministre dans le pays africain donnait l’illusion d’une stabilité retrouvée. Mais depuis la situation a beaucoup changé, et une guerre a éclaté au nord du pays. Selon les observateurs avertis, l’Éthiopie risque de sombrer dans une guerre civile sur fond de divisions ethniques. La Coordination asile.ge se joint à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés pour demander aux autorités fédérales la suspension immédiate des renvois forcés vers l’Éthiopie, en raison de l’instabilité politique qui prévaut dans ce pays et qui génère des situations de violence.

De manière générale, la Coordination asile.ge exprime son opposition aux vols spéciaux de niveau 4, qui équivalent en soi à des formes de mauvais traitement. En autorisant que de telles opérations se déroulent à Genève, les responsables politiques genevois faillissent à protéger les droits humains et l’image de notre cité. Il existe une contradiction majeure entre d’une part l’émotion qu’un tel renvoi suscite au sein de la population genevoise doublée de l’expression d’une certaine indignation par des responsables politiques jusqu’au Conseil d’État, et d’autre part la construction en ce moment même d’un centre de renvoi et de nouvelles places de détention administrative au Grand-Saconnex, en un complexe dévolu à la multiplication d’opérations de ce type. La Coordination asile.ge demande aux autorités genevoises de manifester auprès des autorités fédérales leur intérêt à mettre en œuvre sur le territoire cantonal une politique de refuge, d’accueil et d’intégration plutôt que d’exclusion et de renvoi forcé.

Extrait du film Reconstruction of a forced deportation carried out by the Swiss authorities disponible sur Youtube

Asile, hospitalité, révolte

Que nous disent les textes hérités de la Grèce antique sur l’asile, l’hospitalité, ou encore la révolte? Comment ce savoir peut-il éclairer notre compréhension actuelle de ces sujets? La Coordination asile.ge organise une conférence sous forme de dialogue entre Philippe Borgeaud, Professeur honoraire à l’Université de Genève et éminent spécialiste de la Grèce antique, et Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile au Centre social protestant.

La conférence se tient le jeudi 15 octobre à 19h, dans la salle Forum I au rez-de-chaussée du 14 rue du Village-Suisse. Afin de respecter les mesures sanitaires, nous vous prions de vous inscrire par email auprès d’aldo.brina *arobase csp-ge.ch.

La conférence sera filmée et diffusée en direct sur la page Facebook d’asile.ch.

Soutien aux mineurs et jeunes adultes en lutte pour leurs droits fondamentaux

Réunie le 21 janvier 2020, la Coordination asile.ge a décidé d’apporter officiellement son soutien au collectif de lutte des mineurs non accompagnés, qui occupe actuellement le Grütli dans l’espoir de se faire entendre des autorités.

La Coordination asile.ge dénonce de longue date les multiples carences prévalant dans l’accueil des mineurs isolés sur le territoire du canton, quel que soit le statut administratif de ces derniers. En conformité avec la Convention des droits de l’enfant, la Coordination asile.ge estime que ces enfants doivent être considérés comme tels et se voir reconnaître les droits découlant de leur minorité, indépendamment de toute considération de police des étrangers.

À ce titre, un accès à des structures d’hébergement et de santé adaptées à leur âge et leurs vulnérabilités, à la formation y compris professionnelle, ainsi qu’à l’ensemble des mesures de prévention accompagnement vers l’âge adulte.

Il est inadmissible que des jeunes soient aujourd’hui laissés dans l’errance, exposés à l’âpreté de la vie dans la rue et aux risques en découlant. Le fait que certains jeunes soient dénués de statut légal en Suisse ne saurait justifier de tels manquements à leur prise en charge. Les autorités cantonales doivent au contraire construire avec ces jeunes des réponses adaptées à leur situation, créer avec eux des perspectives d’avenir, tout en répondant aux besoins pressants de protection et de sécurité qu’ils expriment.

Partant, la Coordination asile.ge invite le Conseil d’Etat à apporter une réponse favorable à l’ensemble des revendications du collectif de lutte des MNA, à savoir :

  • Un rendez-vous avec la Délégation du Conseil d’Etat aux migrations dans les plus brefs délais. 
  • Que plus aucun jeune ne dorme à la rue, l’ouverture de nouveaux foyers à taille humaine pour les MNA et les jeunes majeurs quel que soit leur statut légal. 
  • La présomption de minorité et une prise en charge en découlant, ainsi que l’arrêt immédiat de tous les tests de minorité. 
  • La scolarisation pour tous les jeunes jusqu’à 18 ans professionnelles. La scolarisation de 5 d’entre eux a été promise par les autorités en août dernier, aucun ne va à l’école à ce jour.

Outre les revendications qui précèdent, le soutien de la Coordination asile.ge se manifestera également par une aide matérielle durant l’occupation du Grütli. La Coordination asile.ge invite son réseau à participer activement au soutien matériel et politique des jeunes en lutte.