Cet été a été agité autour du CFA du Grand-Saconnex, ce centre de renvoi situé entre le tarmac de l’aéroport et une bretelle d’autoroute. Malgré nos tentatives de dénoncer ce centre à caractère semi-carcéral depuis des années, le CFA a ouvert ses portes le 15 juin dernier.
Après près de quatre mois d’ouverture, nous présentons ici certaines informations que nous avons obtenues.

Une prise en charge médicale insuffisante
Fin septembre, le CFA du Grand-Saconnex hébergeait 210 personnes, dont près d’un tiers seraient menacées de renvoi Dublin, d’après les chiffres fournis par le SEM.
En ce qui concerne l’accès aux soins, les HUG se sont retirés du projet. D’après des informations obtenues par la Tribune de Genève, «les HUG ont décidé de se retirer de cette activité car le mandat qui leur a été proposé par le SEM ne permet pas de répondre aux besoins sanitaires complexes des requérants d’asile hébergés au CFA». Conséquence, il n’y avait à ce moment plus de médecins dans le centre et les personnes sont envoyées aux urgences, en attendant de trouver quelqu’un.
La nouvelle est plus que préoccupante, qu’en est-il des personnes dans le CFA lorsque leur situation n’est pas jugée urgente au point de nécessiter une hospitalisation? Et losqu’iels sortent de l’hôpital, qui assure le suivi et s’assure que les personnes vont consulter les spécialistes nécessaires?
Au-delà de la situation chaotique particulière, cette décision ne fait que mettre en lumière le peu de moyens donnés par le SEM pour dispenser des soins de qualité au sein des CFA. La course à la sous-enchère semble lancée : des contrats au rabais pour des médecins privés, qui n’auront pas d’autre choix que d’enchaîner les consultations et faire tourner la machine TARMED a plein régime, suffiront-ils pour assurer la qualité des prestations? On ne peut qu’en douter.
Sortir du centre? Un droit fortement restreint
Concernant les horaires, nous avons eu la «bonne» surprise d’apprendre qu’ils avaient été étendus. Le Centre est donc ouvert de 9h à 21h, avec des exceptions possibles, mais très restrictives. Nous avons ainsi appris qu’un jeune s’était vu interdire de suivre les entraînements de son club de foot au motif qu’ils se tenaient en dehors des horaires d’ouverture du CFA. Par ailleurs, si les horaires ont été étendus, les horaires des repas, eux, ne connaissent pas la même flexibilité : 11h45-12h30 et 17h45-19h00. En dehors de ces heures, aucun repas n’est proposé.
Sortir. Mais pour aller où? Pour rappel, en dehors des billets de transport donnés pour des rendez-vous spécifiques, les personnes n’ont droit qu’à un billet par semaine. Il ne reste plus qu’à marcher 45 minutes pour atteindre le centre-ville, dans un canton où les transports publics sont gratuits pour les moins de 25 ans… Et lorsqu’on peut prendre le bus, surprise : le passage piéton qui devrait exister entre l’entrée du CFA et l’arrêt du bus le plus proche n’a toujours pas vu le jour. Par ailleurs, le trottoir/piste cyclable qui longe le CFA n’a toujours pas été adapté pour permettre une coexistence des cyclistes et des piétons, en toute sécurité.
Une scolarisation cloisonnée
Finalement, alors que nous avions obtenu que le canton laisse le choix entre scolarisation à l’école publique ou au sein du centre avec une équipe pédagogique dédiée, il s’avère que la première option n’est toujours pas d’actualité. Selon l’article de la TdG déjà évoqué, qui cite le DIP «sur les 27 élèves en âge d’école obligatoire, 14 ont fréquenté l’école de Grand-Saconnex Place, durant plusieurs demi-journées […]. Vu le nombre important d’élèves du CFA concernés, leur scolarisation est organisée dans le cadre d’un local-classe qui leur est dédié.» En d’autres termes, les enfants ne sont pas mélangés avec les autres enfants de la commune, il s’agit uniquement de sorties en groupe accompagné par l’équipe pédagogique du CFA.
La Coordination asile.ge et ses associations membres n’abandonneront pas le combat contre ce centre. Au-delà des quelques points évoqués nous restons persuadés que la violence psychologique, consistant à contraindre des adultes et des enfants à vivre des mois sous les avions, est inqualifiable. Pour l’heure, des permanences régulières sont organisées pour aller à la rencontre des résident·es du CFA, écouter ce qu’iels ont à dire, et poursuivre la mobilisation.
